Soutenance de thèse

Le Vendredi, 28. novembre 2025 -
14:00 - 19:00
Salle des Actes, Université de Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1

Madame Nadège TATY MAKUNTIMA

soutiendra vendredi 28 novembre 2025 à 14 h

Salle des Actes n° 011 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry

une thèse de DOCTORAT, préparée en cotutelle avec l’Université de Kinshasa (République démocratique du Congo)

Discipline : Géographie et aménagement de l’espace

Titre de la thèse : Diagnostic des vulnérabilités territoriales et gouvernance des épidémies des maladies infectieuses dans les pays à ressources limitées, cas des épidémies de choléra en République démocratique du Congo

Composition du jury :

  • Mme Sana BENBELLI, Maîtresse de conférences habilitée, Université Hassan II de Casablanca (Maroc)
  • M. Didier BOMPANGUE, Professeur associé, Université de Kinshasa (République démocratique du Congo), encadrant
  • Mme Virginie CHASLES, Professeure, Université Jean Monnet Saint-Etienne
  • M. Frédéric LEONE, Professeur, Université de Montpellier Paul-Valéry
  • Mme Nancy MESCHINET DE RICHEMOND, Professeure, Université de Montpellier Paul-Valéry, directrice de thèse
  • M. Jean-Jacques MUYEMBE-TAMFUM, Professeur, Université de Kinshasa (République démocratique du Congo), codirecteur de thèse
  • M. Blaise NGUENDO YONGSI, Maître de conférences, Université Yaoundé II (Cameroun)
  • Mme Elodie ROBERT, Chargée de recherche, Nantes Université

Résumé de la thèse :

Parmi les fléaux qui paraissent d’un autre âge dans l’inconscient collectif des sociétés développées, il y a le choléra. Connue en Asie du Sud-Est depuis l’antiquité, cette maladie diarrhéique aiguë, très contagieuse et exclusivement humaine a profité de l’essor de la navigation à partir du début du XIXe siècle pour diffuser à l’échelle mondiale. Elle a déferlé dans le monde en six vagues pandémiques, entraînant des bilans tragiques pour les continents Européen et Américain. En revanche, le continent Africain est resté relativement épargné, avec seulement  quelques cas sporadiques autour des comptoirs commerciaux des régions côtières entre 1817 et 1960. La 7e pandémie de choléra, la plus longue, qui a démarré en 1961 dans l’Archipel de Sulawesi en Indonésie, peut être considérée comme la pandémie de l’Afrique au vu des statistiques officielles publiées par l’OMS. Il a été signalé pour la première fois en dehors de son réservoir en 1817. Depuis les années 1970, l’Afrique est devenue l’épicentre des épidémies de choléra, à l’exception de la période comprise entre 2010 et 2014 où les statistiques ont été modifiées suite à la violente épidémie de choléra qui avait frappé Haïti.
La RDC fait partie des pays les plus affectés par ce fléau. Après quatre décennies marquées par une succession de vagues épidémiques sans réponses structurées, la RDC a adopté à partir de 2008 un plan de réponse dans la durée. Ce plan vise à agir non seulement sur la phase des flambées épidémiques, mais aussi sur les déterminants structurels de la persistance des cas de choléra avec pour objectif de parvenir à l’élimination du choléra comme problème de santé publique. Ce plan multisectoriel d’élimination du choléra en RDC repose sur une série de travaux scientifiques ayant abouti à l’identification des zones géographiques d’ancrage et de redémarrage des cas de choléra. Cependant, le manque de données sur les caractéristiques spécifiques de ces espaces et sur le modèle de gouvernance des épidémies pendant et en dehors des périodes de flambées épidémiques, s’est révélé être une des limites dans l’ajustement des stratégies de mise en œuvre de ce plan. Cette recherche se propose donc de réaliser, par une approche transdisciplinaire, un diagnostic des vulnérabilités territoriales et de la gouvernance face au choléra, afin d’identifier les facteurs qui font que cela limite le succès du processus d’opérationnalisation de ce PMSEC ainsi que son impact dans l’élimination du choléra. Elle propose par ailleurs des stratégies susceptibles de renforcer la résilience des territoires et des communautés.
Les résultats des analyses réalisées démontrent et confirment que la mise en place du PMSEC n’a pas permis de changer de manière significative la situation épidémiologique du pays sur la période allant de 2008 à 2022. Les facteurs de vulnérabilité sont distribués de manière hétérogène et montrent combien le risque choléra est une construction hybride qui résulte de l’interaction entre la nature et les sociétés. Toutes les zones de santé (endémiques ou non endémiques) sont exposées au risque des flambées épidémiques de choléra. Toutefois, la tendance globale fait état de  vulnérabilités humaines plus marquées à l’Ouest et de vulnérabilités territoriales plus marquées à l’Est.  On note partout une prépondérance des facteurs humains, organisationnels et ceux liés aux comportements (sociaux et jeux d’acteurs), plaçant les individus au centre du processus de production du risque choléra. Une  fragmentation  de trois composantes se révèle dans la gestion du choléra, notamment la fragmentation de la composante des facteurs de vulnérabilité, des acteurs et des trajectoires individuelles des malades. La gestion actuelle du choléra ne réduit pas ces fragmentations liées à une gestion de type « one shot » relevant de tous les acteurs gouvernementaux  et non gouvernementaux. Pour renforcer la résilience des territoires et des communautés, l’étude propose divers leviers visant à faire communiquer ces trois composantes multidimensionnelles dont le cloisonnement empêche une gestion territorialisée efficace : l’amélioration de la production des données, la gestion des épidémies de choléra renforcée à l’échelle nationale avec un leadership politique et technique accru, l’adaptation des stratégies de lutte au contexte de la RDC. Cela devrait se faire en mettant en avant des actions de développement durables prenant en compte les trois cycles de la gestion des risques et des crises  (prévention, crise et post-crise) et ciblées selon les échelles (jour/horaire du porte-à-porte pour les campagnes de sensibilisation ou de vaccination par exemple).

_____________________________________

 

Among the scourges that seem to belong to another era in the collective unconscious of developed societies is cholera. Known in Southeast Asia since antiquity, this acute, highly contagious, and exclusively human diarrheal disease took advantage of the rise of seafaring from the beginning of the 19th century to spread globally. It swept across the world in six pandemic waves, resulting in tragic death tolls for the European and American continents. In contrast, the African continent remained relatively spared, with only a few sporadic cases around trading posts in coastal regions between 1817 and 1960. The 7th cholera pandemic, the longest, which began in 1961 in the Sulawesi archipelago in Indonesia, can be considered Africa's pandemic, according to official statistics published by the WHO. It was first reported outside its reservoir in 1817. Since the 1970s, Africa has become the epicenter of cholera epidemics, with the exception of the period between 2010 and 2014, when statistics were altered following the devastating cholera epidemic in Haiti.
The DRC is among the countries most affected by this scourge. After four decades marked by successive waves of epidemics without structured responses, the DRC adopted a long-term response plan in 2008. This plan aims to address not only the outbreak phase but also the structural factors contributing to the persistence of cholera cases, with the ultimate goal of eliminating cholera as a public health problem. This multisectoral cholera elimination plan in the DRC is based on a series of scientific studies that have led to the identification of the geographic areas where cholera cases originate and re-emerge. However, the lack of data on the specific characteristics of these areas and on the governance model of epidemics during and outside of outbreak periods has proven to be a limitation in adapting the strategies for implementing this plan. This research therefore aims to conduct, through a transdisciplinary approach, a diagnosis of territorial vulnerabilities and governance in the face of cholera, in order to identify the factors that limit the success of the operationalization process of this PMSEC (National Cholera Prevention and Control Plan) and its impact on cholera elimination. It also proposes strategies likely to strengthen the resilience of territories and communities.
The results of the analyses carried out demonstrate and confirm that the implementation of the PMSEC did not significantly change the epidemiological situation in the country between 2008 and 2022. The vulnerability factors are heterogeneously distributed and show how the risk of cholera is a hybrid construct resulting from the interaction between nature and societies. All health zones (endemic or non-endemic) are exposed to the risk of cholera outbreaks. However, the overall trend indicates greater human vulnerabilities in the West and greater territorial vulnerabilities in the East. A predominance of human, organizational, and behavioral factors (social and inter-stakeholder dynamics) is observed everywhere, placing individuals at the heart of the cholera risk generation process. A fragmentation of three components is evident in cholera management: the fragmentation of vulnerability factors, the actors involved, and the individual trajectories of patients. Current cholera management practices, which rely on a one-off approach involving all governmental and non-governmental actors, do not mitigate these fragmentations. To strengthen the resilience of territories and communities, the study proposes various levers aimed at fostering communication between these three multidimensional components, whose compartmentalization hinders effective territorial management: improved data production, strengthened national cholera epidemic management with increased political and technical leadership, and adaptation of control strategies to the DRC context. This should be achieved by emphasizing sustainable development actions that consider the three cycles of risk and crisis management (prevention, crisis, and post-crisis) and are targeted according to scale (e.g., the day/time of door-to-door visits for awareness or vaccination campaigns).

Dernière mise à jour : 14/11/2025